Biomasse : la révolution des énergies du vivant est annoncée20 % d'émission de CO2 en moins, 20 % d'efficacité énergétique en plus, 20% de consommation d'énergie renouvelable : la formule de la politique énergétique européenne est tracée. A la règle des trois 20, il faut ajouter un objectif de 10 % de consommation de biocarburants pour compléter le « paquet énergie-climat », comme on le dénomme en jargon européen bruxellois.
La stratégie a déjà été approuvée par les gouvernements des 27 états membres lors du conseil européen de 8 et 9 mars 2007 et saluée comme « un geste politique fort en faveur du climat ». En France, une fois traduit en objectifs nationaux, le texte du projet de directive aura néanmoins commencé à faire des vagues. Le Grenelle de l'environnement avait tout juste refermé ses portes que l'Elysée tempérait ses ardeurs pour les énergies renouvelables en écrivant à José-Manuel Barroso que « la France refuserait un objectif supérieur à 20 % d'énergie renouvelable». Le président de la commission européenne répondait en substance que face aux enjeux (climat, sécurité des approvisionnements et balance commerciale), qu'il n'était plus temps de tergiverser. Du coup, le 23 janvier 2008, la proposition de directive européenne « relative à la promotion de l'utilisation de l'énergie produite à partir de sources renouvelables » était annoncée. Dans son annexe 1, la France se voit attribuer un objectif de 23 % !
Reste au parlement européen à adopter définitivement la directive. Ce qui doit se faire à la majorité qualifiée avant juin 2009.
Equitable, réaliste ou non, la question de ces 3 % de plus ou de moins ne constitue pas l'essentiel. Il serait beaucoup plus fondamental de savoir comme se répartissent les efforts entre les sources d'énergie renouvelables. Et là il y a quelques surprises à découvrir.
La partie immergée des énergies renouvelables
En effet, les scenarios de répartition présentés par les acteurs des énergies renouvelables indiquent que c'est à la biomasse que reviendra la plus grosse part du travail ! S'il y avait un scoop à trouver dans le « paquet énergie-climat » c'est à l'évidence celui là. Les énergies renouvelables c'est d'abord 50 à 60 % de la biomasse ! L'information n'est pas sujette à caution, elle provient des promoteurs des énergies renouvelables eux-mêmes : l'European Renewable Energy Council à Bruxelles et le Syndicat des Energies Renouvelables à Paris.
Ces deux organisations ont publié des feuilles de routes détaillant la répartition de l'effort de croissance entre les différents types d'énergie renouvelable. En Europe ce sont ainsi environ 300 millions de tonnes équivalent pétrole (tep) que les énergies renouvelables devront produire en plus d'ici à 2020. Sur ce total, l'EREC en attribue 163 Mtep aux énergies de la biomasse. L'éolien et le solaire, énergies renouvelables emblématiques, n'auront à assurer qu'un tiers du travail supplémentaire, soit deux fois moins que la biomasse ...
En France, le Syndicat des Energies Renouvelables qui ne compte pourtant en son sein aucun représentant officiel des professionnels de la biomasse, lui confie plus de la moitié de la part du travail à effectuer. Ce qui revient à dire que la biomasse devra doubler ses capacités de production pour les porter à 20 Mtep en 2020 sur un total 36 Mtep pour l'ensemble des énergies renouvelable.
On ne peut être que frappé par le décalage existant entre cette réalité concrète des énergies renouvelables et les représentations médiatiques dominantes privilégiant éoliennes et panneaux photovoltaïques, il est vrai plus photogéniques.
Mais il faut dire aussi que les acteurs de la biomasse n'ont pas forcément fait ce qu'il fallait pour assurer leur promotion. L'association Biomasse Energie France, n'a été créée qu'en juillet 2007. Initiée et hébergée par l'Union de la Coopération Forestière Française (UCFF), elle est encore loin de regrouper toutes les parties prenantes du secteur et d'assurer une représentativité complète du secteur. Ainsi elle n'est pas encore membre du SER et n'apparait pas parmi la liste des membres d'EUBIA (european biomass industry association)...
La face cachée d'une nouvelle « nouvelle économie »
Le manque de visibilité de la biomasse interdit d'appréhender les enjeux des énergies renouvelables à leur juste valeur et aussi avec la largeur de vue indispensable pour aborder les nouveaux horizons. Sans tomber dans l'emphase, on peut annoncer que les énergies renouvelables entrent dans un nouvel âge et que les enjeux économiques et industriels des prochaines années sont colossaux. La simple approche comptable permet d'en prendre une mesure approximative : 36 Mtep d'énergies renouvelable en France, au prix actuel du baril, c'est 26 milliards € ! A titre de comparaison le chiffre d'affaires annuel de la filière céréales française est de 54 Milliards €. Selon ce même calcul approximatif la production d'énergie biomasse pourrait atteindre une valeur annuelle « équivalent pétrole » de 120 milliards € au niveau Européen.
La frénésie de communication qui s'est emparée du sujet ces derniers temps n'est pas sans rappeler les débuts de l'ère d'internet et des nouvelles technologies de l'information. Les énergies renouvelables pourraient bien être le pivot de la nouvelle « nouvelle économie ».
Reste que l'astigmatisme français ne permet pas d'aborder les défis avec le recul nécessaire. Il est ainsi très difficile d'apprécier la pertinence des politiques de soutien mis en place, tant au niveau national, européen que local.
En France, le dispositif d'aide aux producteurs d'énergie est essentiellement centré sur la production électrique. Les tarifs de rachats ont certes le mérite de faire apparaître un ordre des priorités de la politique gouvernementale (cf. tableau). Il a en revanche le grand tort de faire oublier que l'électricité n'est pas la seule forme possible de transformation de la biomasse en énergie finale et surtout qu'elle n'est ni la plus efficace ni nécessairement la plus stratégique. De toute évidence, que ce soit par son volet de soutien à la production d'électricité qui remonte à 2001 ou par son volet de soutien aux biocarburants de première génération, le dispositif actuel date et n'est plus adapté à la situation.
Si la France veut tenir sa place dans l'Europe des énergies renouvelables, elle ferait bien de commencer par donner à la biomasse la place qui lui revient : c'est à dire la première. Que ce soit par les efforts de réflexion stratégique, l'investissement dans la recherche et le développement industriels et économique ou le soutien aux filières de production, les pouvoirs publics sont manifestement bien loin du compte. Cependant il convient aussi de constater que les acteurs économiques n'ont probablement pas pris la mesure des enjeux de la biomasse, tant en terme de quantité que de diversité. Alors que l'EREC décline le solaire en trois famille (thermique, photovoltaïque, centralisé), il ne parle de la biomasse qu'au singulier. Pourtant tant par ses origines, forestière, agricole, industrielle, domestique, que par ses applications en énergie finale : thermique, électrique, carburant, que par ces modes de production, centralisée, décentralisée, c'est à l'évidence au pluriel qu'il conviendrait de parler de biomasse et d'énergies du vivant !
François Delaunay
