
Après les temps héroïques des précurseurs et deux décennies d'abandon par les pouvoirs publics, la filière française de méthanisation agricole redémarre. Déjà plusieurs installations ont sonné le renouveau dans les Ardennes aux GAEC du Château et aux Gaec Oudet. L'exemple allemand avec son maillage de 3700 installations de 300 kW en moyenne est pour beaucoup dans ce réveil. Reste que les pouvoirs publics et en particulier l'ADEME faisait savoir l'an dernier qu'elle n'encouragerait pas une duplication du modèle d'outre-Rhin. Conçu avant la fin des jachères, celui-ci fait largement appels aux cultures énergétiques et en particulier au maïs pour alimenter ses digesteurs. En un an, la situation semble vouloir évoluer à pas de géant. L'Ademe a recensé pour sa part une vingtaine de projets en cours de construction, une quarantaine de dossier à l'étude et une centaine d'intentions.
La méthanisation a vu arriver de puissants acteurs économiques issus des coopératives agricoles. En Bretagne le Gouessant a créé une filiale Méthafrance, et Valetec le bureau d'étude dont Porc Bretagne Ouest est l'actionnaire principal, font plus que s'intéresser au sujet. Associé à un bureau d'étude allemand Biogas Hochreiter, Méthafrance doit mettre en service sa première installation chez Alain Guillaume, éleveur de porcs dans les Côtes d'Armor. Une demi-douzaine d'autres projets sont en préparation. Cette unité de 150 kW valorisera les effluents de 185 truies et de leur portée ainsi que des déchets de l'industrie agroalimentaire ainsi qu'une part de cultures intermédiaires hivernales. La valorisation de la chaleur du moteur devrait permettre d'économiser 15 000 litres de fuel chaque année pour chauffer l'élevage et les habitations. Le générateur produira plus d'un million de kWh. A 0,14 €, prix de rachat garanti sur 15 ans, la vente d'électricité de l'exploitation générera un revenu annuel de 160 000 € pour un investissement global de 600 000 €.
« Nous misons sur des unités de 75 et 250 kW », explique Stéphane Dutremée, chef de projet élevage à Méthafrance. Le modèle français du biogaz agricole se dirige vers la covalorisation. « Les effluents d'élevage ne produisent pas suffisamment de gaz mais ce sont d'excellents ferments pour méthaniser d'autres matières organiques comme des déchets de l'industrie agroalimentaire et des cultures hivernales intermédiaires », développe l'ingénieur agricole.
La montée en puissance du biogaz dépendra en grande partie de la capacité à attirer les divers sous produits agricoles. Dans ce domaine la logique du marché s'imposera. De nouveaux acteurs émergent comme par exemple la société Biomass-concept qui intervient en Belgique, France et Espagne. « Nous faisons du commerce de biomasse et nous répartissons les matières en fonction des meilleures conditions que peuvent offrir les différentes vois de valorisation », explique le jeune directeur Jérôme Viet. Selon la taille de l'installation l'investissement se situe dans une fourchette de 4000 à 7000 € le kW de puissance installée. Le défi est d'abaisser les coûts de la filière française au niveau de ce qui est enregistré en Allemagne 3000 €/kW
Biogaz agricole : un million de tep c'est possible !
Du coté des promoteurs historiques du biogaz français, Eden défend l'intérêt de plus petites unités de production. « C'est viable dans le cadre de mise en œuvre collective, nous pouvons effectuer les économies d'échelle sur l'ingénierie et les structures d'approvisionnement de co-déchets. Un projet groupé est actuellement à l'étude en Dordogne », annonce Elie Bart chargé d'étude chez Eden. « Nous étudions les possibilités de valoriser le biogaz sous la forme de carburant. Nous devrions pouvoir présenter un tracteur fonctionnant au biogaz avant la fin de l'année 2008. Les techniques existent, c'est le modèle économique qui reste à inventer », poursuit Xavier Lebrun du bureau d'étude Aria. Il faut épurer le biogaz du CO2 et porter la concentration en méthane de 60 à 98%. Pour le moment l'Ademe ne semble pas vouloir encourager cette voie. « Il y a déjà fort à faire avec la valorisation du biogaz par la cogénération. C'est aujourd'hui la solution la plus aboutie. La voie du biogaz carburant ou de l'injection dans le réseau de gaz naturel pourront être intéressantes plus tard », explique Guillaume Bastide, à la cellule méthanisation agricole de l'Ademe. «Avec la dynamique impulsée par les comités opérationnels du Grenelle de l'environnement, nous avons bon espoir de mettre en place un plan biogaz agricole. Il nous permettra de soutenir les projets de qualités qui valoriseront l'énergie au maximum comme seule actuellement la cogénération permet de le faire », annonce Guillaume Bastide. Reste à connaître les perspectives du biogaz agricole ? « Nous estimons qu'en récupérant 10 % des effluents d'élevage, la méthanisation pourrait produire 0.25 Mtep. Avec la méthanisation des co substrats, il n'est pas impossible d'envisager une production d'un million de tep», indique l'ingénieur. Cette hypothèse supposerait d'installer une puissance total de 2400 MW, soit deux fois la capacité de production actuelle du biogaz Allemand. « Le facteur limitant pourrait bien être la biomasse disponible », prévient Guillaume Bastide. Le biogaz au niveau du solaire, cela mérite d'être vérifié le plus rapidement possible !
FRANCOIS DELAUNAY